L'interview RSE de Laetitia Claisse, chez Centaure Avocats
L'interview RSE
“Quand tout le monde est sincèrement engagé, on ne pense qu’en solutions durables.”
Dans les coulisses des bureaux de Centaure Avocats à Lille, un projet manifeste signé Yemanja.
À Lille, les bureaux de Centaure Avocats ne ressemblent à aucun autre cabinet. Flex office total, espaces hybrides, matériaux recyclés, ancrage local… Derrière ce projet, une ambition claire : faire de la RSE un moteur de conception, et non une contrainte.
Laëtitia Claisse, Directrice RSE de Centaure Avocats, Müge Séné, cheffe de projet architecte de Yemanja, et Constance Chappey, coordinatrice RSE de Yemanja, reviennent sur cette collaboration singulière — où engagement, confiance et exigence ont redéfini les règles du jeu.
La RSE comme pilier de l'entreprise
Solenn Bouëtel de Yemanja : Bonjour Laëtitia, vous êtes la directrice RSE du cabinet Centaure Avocats. Ce n’est pas si courant d’avoir un poste dédié au sein d’un cabinet d’avocats. Comment cette volonté est-elle née ?
Laëtitia Claisse : Le cabinet a toujours accordé à ces enjeux une importance réelle. Depuis le départ, la RSE n’y est pas traitée comme un sujet annexe ou ponctuel, mais comme un pilier à part entière.
La création de ce poste s’est donc imposée comme une suite logique et est intervenue en 2019, au moment où nous avons intégré notre raison d’être dans nos statuts.
“Une entreprise d’intelligences juridiques, innovante, humaine et citoyenne qui répond aux évolutions rapides des besoins de ses clients en se préoccupant de l’impact sociétal et environnemental de son développement.”
Ainsi, ces engagements s’inscrivent dans la durée, avec une vision claire et des objectifs définis.
SB : Comment cette politique se traduit-elle ?
Laëtitia Claisse : Je travaille autour de trois principaux axes : l’environnement, le numérique responsable et le management durable. Par exemple, nos équipes utilisent un moteur de recherche alternatif à Google, nous limitons drastiquement l’utilisation de pièces jointes… C’est à la fois écologique et plus efficace. Au niveau managérial, nous encourageons l’autonomie responsable.
SB : Qu’est-ce que cela signifie ?
Laëtitia Claisse : cette approche constitue un signe de confiance accordée aux collaborateurs. Elle leur offre une plus grande liberté dans l’organisation de leur travail, tout en favorisant un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Ce principe nous a d’ailleurs valu un Prix par l’observatoire de la QVT en 2022 !
Il repose sur trois piliers : disponibilité, technicité, rentabilité. Il faut être disponible même à distance, continuer à se former, rester performant… et produire. On reste une entreprise, avec ses enjeux de croissance économique.
SB : Pourquoi avoir ouvert un bureau à Lille ?
Laëtitia Claisse : pour être au plus près des clients tout en réduisant notre empreinte carbone.
On était déjà tous les jours à Lille, devant les tribunaux. Ça n’avait pas de sens de faire des allers-retours en permanence.
L’ancrage territorial est un des principes de notre politique RSE.
SB : Vous avez fait un choix radical : le flex office total.
Laëtitia Claisse : Du stagiaire à l’associé, personne n’a de bureau attitré.
On est un cabinet très orienté contentieux : les avocats passent beaucoup de temps au tribunal. Donc avoir des bureaux fixes n’a pas de sens. Notre travail est nomade.
SB : Quel était votre brief pour Yemanja lors de l’aménagement de vos bureaux lillois ?
Laëtitia Claisse : Le brief reposait sur la responsabilité sociétale : choix de fournisseurs locaux, matériaux responsables, espaces flexibles… On voulait des lieux capables de s’adapter à tous les usages.
Müge Séné : Je me souviens au démarrage du projet, Laetitia et Yves (associé fondateur de Centaure Avocats, ndlr) nous ont fait part de leur souhait de requestionner le monde des avocats, la manière d’exercer au bureau, en intégrant notamment des aménagements flexibles.
Le défi consistait à intégrer, dans un espace limité, les différents enjeux liés à la pratique du métier : aménager des espaces ouverts et modulables en accord avec la mobilité propre à la profession d’avocat, tout en assurant la confidentialité des lieux.
Nous avons d’abord décloisonné l’ensemble des espaces, puis aménagé le grand open space avec du mobilier entièrement modulable. Des zones acoustiques ont été créées et ajustées à l’aide de rideaux adaptés. Par ailleurs, nous avons favorisé la diversité des espaces en installant différents formats de salles de réunion (amphithéâtre, forum, classique) et des zones de collaboration.
La démarche durable ne commence pas au choix des matériaux.
Nous étions tou-te-s très sincèrement engagé-es sur le sujet. Donc nous n’avions pas en tête une option non durable pour ce projet.
Dès la visite, nous nous sommes interrogé-es : qu’est-ce que l’on peut conserver ? Comment travailler avec l’existant ?
Plutôt que de remplacer un parquet, on a réfléchi à comment le valoriser. Plutôt que d’ajouter des cloisons, on a repensé les usages avec ce qui était déjà là, tout en rendant efficace notre space-planning. Nous avons aussi souhaité rendre les lieux inclusifs.
SB : À quoi pensez-vous ?
Müge Séné : Pas seulement aux dispositifs PMR. C’est aussi faire en sorte que l’espace soit simple à comprendre, agréable à utiliser pour tou-te-s — y compris pour les personnes qui l’entretiennent. C’est penser à tout le monde, à tous les usages du quotidien.
Réemploi, matériaux innovants et ancrage local
Müge Séné : On a intégré du mobilier chiné, des pièces vintage — ce qui est assez rare dans un projet tertiaire.
On a aussi utilisé des matériaux locaux, fabriqués à partir de coquillages ou liés à la culture lilloise, comme par exemple des assises conçues à partir de drèche de bière, des plans de travail en coques de moules marinières…
Et pour le sur-mesure, nous avons pris soin de concevoir chaque élément pour qu’il soit durable et réparable, à l’image de cette banquette « puzzle » que l’on peut démonter et remonter facilement.
Constance Chappey : Ce qui m’a marquée, c’est l’ancrage territorial.
Centaure Avocats ne s’est pas contenté d’ouvrir un bureau à Lille mais a vraiment embrassé la culture locale. Le mobilier, les matériaux, les noms des espaces… tout raconte une histoire.
Müge Séné : La ville est très vivante, en mouvement. On a voulu retranscrire cela dans l’espace, avec des lieux modulables, dynamiques.
Un lieu pensé comme espace de vie et de rencontre
SB : Comment les équipes se sont-elles approprié les lieux ?
Laëtitia Claisse : Elles ont adoré. On organise régulièrement des événements, des formations… Le lieu vit. Et surtout, il crée du lien entre les équipes.
Il offre aussi les conditions permettant à chacun de se concentrer efficacement, sans pour autant recréer les situations d’isolement que peut parfois engendrer le télétravail.
Chez Centaure Avocats, l’aménagement des espaces répond à cet équilibre : favoriser la collaboration et les interactions, tout en proposant des environnements propices au travail individuel.
L’objectif n’est pas d’opposer collectif et concentration, mais de permettre leur coexistence dans un cadre commun, où chacun peut trouver sa place et son rythme de travail. Ainsi, le bureau devient un véritable lieu de vie professionnelle, à la fois stimulant, structurant et protecteur du lien social.
L'impact budgétaire d'un projet durable
SB : Un projet responsable coûte-t-il plus cher ?
Müge Séné : Pas forcément. Mais cela demande plus de travail, plus de réflexion. Réutiliser, intégrer l’existant, trouver les bons matériaux… c’est plus exigeant que de repartir de zéro.
Constance Chappey : C’est surtout un budget plus “juste”. Un budget cohérent avec l’ambition, qui permet de faire des choix responsables sans être dans l’excès.
Un projet récompensé : médaille d’or Carbon Saver
Laëtitia Claisse : On peut communiquer à fond sur nos initiatives “RSE”, si on ne peut pas prouver, c’est du greenwashing. Il faut aller jusqu’au bout.
Constance Chappey : Nous avons collectivement beaucoup travaillé pour réduire au maximum l’empreinte carbone de ce projet d’aménagement. Tous les aspects du bureau ont été challengés et pensés pour être plus durables : mobilier made in France ou Italie, matériaux bio-sourcés, aménagement inclusif… L’audit de l’organisme Carbon Saver, certifié par le Ministère de la Transition écologique l’a prouvé : notre projet a obtenu 87/100, autrement dit, la meilleure note pour un projet tertiaire, et lui a valu la médaille d’or. C’est un niveau exceptionnel dont on se félicite !
Une collaboration fondée sur la confiance
SB : Comment avez-vous vécu la collaboration avec l’équipe de Yemanja ?
Laëtitia Claisse : On parlait le même langage. Tout était fluide. Elle m’a même enrichie : j’ai pu reprendre certains arguments en interne pour embarquer tout le monde.
Müge Séné : On a vécu quelque chose de plutôt rare : une confiance totale, presque aveugle du client.
Du coup, cela nous a boostées au maximum et nous nous sommes imposé une exigence encore plus forte.
SB : Quels sont vos prochains défis en matière de RSE ?
Laëtitia Claisse : La place du handicap au travail, c’est un sujet essentiel. Je souhaite montrer qu’il a toute sa légitimité au sein d’un cabinet d’avocats. Cela reste toutefois complexe : les situations sont nombreuses et demandent une véritable capacité d’adaptation, avec un important enjeu d’apprentissage.
C’est d’ailleurs un sujet sur lequel je suis actuellement en train de me former.